Un haut conseiller du ministère de la santé tire la sonnette d'alarme. 

La bise serait de retour... Alerte !

VIE, MORT ET RESURRECTION DE LA BISE

 

Peut-être en avez-vous gardé un vague et vieux souvenir, au fin fond des tiroirs de votre humaine mémoire…

 

Il y a fort longtemps de cela, en un temps d’insouciance et de légèreté enfantine, les humains avaient coutume de se livrer à une pratique gestuelle qui nous paraîtrait de nos jours pour le moins incongrue, suspecte et hautement périlleuse.

En toute innocence, ils appelaient cela « se faire la bise ». 

 

Étonnant, non ?

 

Cet acte, fortement déconseillé, puis juridiquement encadré, et finalement interdit par les autorités politico-sanitaires selon les impérieuses recommandations de la Science, consistait jadis et en de très nombreuses contrées, en une étrange double embrassade sur les joues, engageant simultanément deux personnes consentantes, de chair et de sang, qui, quand elle ne frisait pas la sensualité discrète, manifestait du moins la joie simple et fraternelle de se retrouver ou de se dire à bientôt, dans des combinaisons quasi-infinies d’âges, de sexes et d’origines.

 

Une sorte de coup de boule doux et bienveillant.

 

Au péril de leur vie et de celle des autres, ouvrant des boulevards à l’ennemi viral, entre amis, entre voisins, avant telle ou telle fête de famille, entre ados en quête de premières amourettes, et dans tant de situations de la vie intime et sociale, les gens d’alors tenaient naïvement à exprimer les liens qui les unissaient, la commune affection qu’ils se vouaient,  par cette marque charnelle qui nous semble aujourd'hui sinon désuète et folklorique, en tout cas d'un incivisme coupable. 

 

Pensez donc que ces dingues de bretons poussaient même le bouchon de l’insouciance suicidaire jusqu’à effectuer 4 fois d’affilée ce mouvement répétitif de joues à joues ! Quand on y pense...

 

Mais depuis lors, fort heureusement, de Rennes à Quimper jusqu’aux extrémités de la Pointe du Raz et de l’île de Ouessant, s'est imposé le règne sans partage du contrôle des bouches, des joues et des corps humains.

 

Par temps de crise sanitaire, économique et climatique, qui penserait encore sérieusement que l’on peut se payer le luxe de rester humain ?

 

En très peu de temps, sans guère rechigner, les humains se firent une raison et consentirent sagement à ranger la bise au grenier des mauvaises pratiques, récitant tous en coeur avant les réunions de famille, la formule des gens bien dressés : "allez, on s'fait la bise, mais de loin hein".

 

Faut dire, on avait quand même mis le paquet pour leur faire boire la tasse et leur foutre la pétoche ! Gros gros coup de marteau sur la tronche quand même. 

 

Le boulot fut remarquablement accompli par nos hordes de politicards cyniques, de médecins corrompus et de journalistes perroquets, qui martelaient le message 24h sur 24 sur tous les plateaux télé, à la radio, dans les journaux.

 

Partout. Tout le temps. Sans relâche. La peur.

 

Quelques semaines avaient suffit pour convaincre tout un chacun que notre prochain est fondamentalement une menace pour notre santé, qu'il faut s'en distancier et s'en méfier autant que possible, le cas échéant le dénoncer, et que moins j'embrasse mieux j'me porte.

 

Des messages simples et efficaces : fais toi vacciner d'urgence, pour ton bien et pour celui de la société, fais gros bisous à mamie mais seulement en visio, pose tes fesses devant Netflix, youtube et les chaînes d'info continue : plus personne et plus aucun bisous ne viendra menacer ta sécurité sanitaire.

 

Une vraie fête pour tous nos experts en propagation de la paranoïa collective, à qui tous leviers du mensonge et de la manipulation furent donnés avec une largesse sans limite. 

 

Bah oui, fallait bien d’abord rendre les gens fous et ignorants, les ramener à l’état primaire de petits enfants apeurés afin de faire passer à la vitesse supérieure notre marche implacable vers un monde post-humain et définitivement désincarné. Nos esclaves finiraient bien par l’aimer, du moins par s’y résoudre sans broncher.

 

Il n'en fallut en tout cas pas plus pour que la bise disparaisse de la surface de la terre dans la presque totale indifférence.

 

Semblait-t-il du moins…

 

Alors que la 497ème vague du covid nous frappe de plein fouet, selon les récentes annonces de notre indéboulonnable ministre de la santé Olivier Verrue sur BFM TV-Propagande, qui oserait encore perpétuer cette vieille tradition de la bise, au moment où toutes nos courbes de contaminations, d'hospitalisations et de décès s'emballent de nouveau à plein régime ?

 

Plus personne ? Vraiment ?

Il est à craindre que si. Ca et là en effet, de folles rumeurs circulent...

 

Tout comme le culte des dieux de l’Egypte antique n’a jamais totalement disparu à travers les âges, il semblerait que quelques sectes bisophiles continuent d’œuvrer, non sans arrières pensées prosélytes, militantes ou tout bonnement humaines...

Rampant et sournois, tapissant dans l’ombre, un front de libération de la bise s’activerait souterrainement en quelques recoins de notre ex-douce France,  dans le but de remettre au goût du jour cette pratique réactionnaire qui entrave à nouveau notre grand et nécessaire projet de déshumanisation radicale.

 

Nos services de renseignement, en partenariat avec nos experts médicaux, n'ont pas tardé à prendre toute la mesure du danger, d'observer et de décrypter les comportements de ces anarchistes irresponsables, et bien entendu de les ficher, dans l'attente de leurs prochaines arrestations et condamnations.

 

Plusieurs rapports font état d'une recrudescence de ces groupuscules extrémistes et potentiellement terroristes, implantés dans de nombreux départements. 

 

Saisies d’angoisse devant ce phénomène risquant d’engendrer une déferlante virale en leurs lieux de vie, les populations locales alertent massivement les services de police, et s’organisent en milices bisophobes particulièrement déterminées, souvent avec l’appui armé des associations de chasseurs.

 

Les tenants de cette idéologie de la bise se regroupent en général tard le soir, dans des lieux à l'avance tenus secrets, le plus souvent dans des forêts reculées, ou, en milieu urbain, dans des squats, des vieux hangars désaffectés ou des terrains vagues abandonnés à la drogue et à la prostitution.

 

Quelques gardiens de ce vieux savoir faire gestuel travaillent dans l'ombre à enseigner aux plus jeunes les principes de base de la bise ou à rééduquer les plus anciens à ce si caractéristique mouvement rotatif du cou, qui peut d'ailleurs s'avérer particulièrement dangereux pour les vertèbres cervicales quand on ne l'a plus pratiqué depuis de si nombreuses années.

 

De fait, de nombreux accidents graves sont à déplorer depuis quelques mois, aggravant encore un peu plus le cas de ces ayatollahs du bisou.

Sans parler de la forte recrudescence des fractures du nez et des traumatismes crâniens occasionnés par cette redécouverte en vogue.

 

Pourtant, bravant à la fois les dangers physiques et l’anti constitutionnalité de la bise, ils persistent aveuglément, et, des heures durant, deux par deux, s'embrassent sans répits, s'évertuent à retrouver le bon geste, la bonne trajectoire, dans le bon tempo, à la recherche de la parfaite synchronicité perdue.

 

Ils se réapproprient cet art subtil et si humain de la bise, avec toutes ses nuances de rythme et ses particularismes régionaux, avec ou sans la main sur l'épaule, en effleurant à peine de la bouche ou en y allant franco, à nouveau saisis par toute la variété des émotions et des intentions qui lui sont associées.

 

Car le plus grave en effet avec ce courant néo-bisophile c'est qu'il ravive chez de trop nombreuses personnes un obscur désir humain de lien, de contact physique, réveillant dans le même mouvement un irrépressible besoin de fraternité, d'entraide et de compassion pour son prochain; d'incarnation en somme.

 

Un haut fonctionnaire d'État étant par fonction à peu près aussi doué pour la compréhension des désirs et besoins humains les plus élémentaires qu’un pachyderme pour la danse classique ou pour la mise en boîte de la fine porcelaine artisanale, l’ensemble des membres du gouvernement, apprenant cela, en resta bouche bée. 

 

Restait tout de même à jouer la carte des "personnalités préférées des français".

 

Pris de panique face à cet embryonnaire et menaçant sursaut d'humanité, plusieurs conseillers gouvernementaux proposèrent en urgence à Sheila, Jamel Debbouze, Mimi Mathy et Yannick Noah de se mobiliser dans un clip vidéo pour dissuader les français de céder aux sirènes de la bise et pour rappeler les rebelles au civisme et à la raison sanitaire.

 

Plus zélés que jamais, nos journalistes, nos médecins de tribunes et nos drones se tinrent prêts, dans l'attente un peu nerveuse des premiers résultats de l'enquête de notre cabinet d'étude quant à l'impact de ce clip sur la populace : nos compatriotes, bordel de merde, allaient-ils oui ou non consentir, une bonne fois pour toutes, à renoncer à leur humanité et à leurs bisous d’un autre âge pour une cause plus grande et plus juste, la santé et la sécurité de tous ?

 

 

#tousensemblecontrelebisou

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